Aléthéia
Il y a un peu plus d'un an, quelque chose est entré dans ma vie. Je pourrais dire que j'ai rencontré Dieu, la foi, le sacré, ou n'importe quel autre mot que l'on utilise pour tenter de désigner ce qui nous dépasse. Pourtant, aucun de ces mots ne me convient vraiment.
Pendant un an, j'ai essayé de comprendre ce qui m'arrivait. J'ai écrit sans relâche, presque huit cents pages. Je croyais écrire un livre, mais avec le recul, je crois que c'est lui qui m'écrivait.
Chaque page retirait une certitude, chaque chapitre faisait tomber une croyance, jusqu'à me laisser face à quelque chose que je ne pouvais plus expliquer.
Cette année, j’'ai traversé le vide, le doute, la peur, la solitude. Il y a eu des jours où je me suis demandée si je n'étais pas en train de tout imaginer, si ce que je ressentais n'était qu'une illusion. D'autres doutaient de moi, de ce que j'écrivais, de ce que je vivais. Et parfois, leurs doutes devenaient les miens. Pourtant, même lorsque tout semblait s'effondrer, il restait quelque chose. Ce n'était ni une pensée, ni une émotion, ni même une conviction. C'était une présence silencieuse, presque imperceptible, qui revenait toujours lorsque je cessais de vouloir la saisir. Plus j'essayais de la comprendre, plus elle m'échappait. Plus j'acceptais de ne pas comprendre, plus elle devenait évidente.
Hier, quelqu'un m'a posé une question qui, en apparence, semblait très simple : « Delphine, est-ce que tu crois en Dieu ? » Pendant quelques secondes, le temps s'est arrêté. J'aurais pu répondre oui. C'est d'ailleurs ce que j’aurais répondu normalement. Mais ce « oui » est resté bloqué dans ma gorge. J'ai senti qu'en le prononçant, quelque chose se refermait. Comme si, en donnant un nom à cette expérience, je la réduisais aussitôt. Comme si je faisais entrer l'infini dans un mot.
Le mot « Dieu » est étrange. À peine est-il prononcé que notre esprit le recouvre d'images, d'histoires, de croyances, de religions. Notre cerveau a besoin de ranger les choses dans des catégories pour se sentir en sécurité. Alors il classe, il définit, il explique. Pourtant, je crois que certaines expériences meurent précisément au moment où l'on croit les avoir comprises. Elles deviennent des idées, alors qu'elles étaient vivantes.
Le mot « vérité », en grec, se dit Aléthéia. On le traduit souvent par « vérité », mais son sens est bien plus profond. Il signifie le dévoilement, le fait que quelque chose cesse d'être caché. Ce n'est pas une vérité que l'on possède. C'est une vérité qui se révèle. Et peut-être est-ce là toute la différence. Nous passons notre vie à vouloir posséder des réponses, alors que la vie nous invite parfois simplement à rester disponibles à ce qui se dévoile. Et il y a peut-être aussi un danger à croire que l'on détient une vérité : celui de la figer, de la transformer en certitude close, et de ne plus laisser la vie continuer à la révéler.
Aujourd'hui, je ne ressens plus le besoin de croire. Je ne ressens plus le besoin de savoir s'il existe une vie après la mort, si nous avons une âme ou si Dieu existe réellement. Toutes ces questions me semblent soudain secondaires. Ce qui est essentiel ne se trouve pas dans les réponses, mais dans cette expérience intérieure qui transforme silencieusement notre manière d'être au monde. Au plus profond de moi, je ressens quelque chose que je ne peux ni démontrer ni expliquer. Ce n'est pas une pensée. Ce n'est pas une croyance. C'est une qualité de présence, une douceur, une force, un amour qui ne demandent aucune preuve pour exister.
Pendant un an, j'ai voulu mettre des mots sur cette expérience. Aujourd'hui, je comprends que les mots ne servent pas à enfermer ce que l'on vit, mais seulement à en approcher le mystère. Alors si quelqu'un me demandait encore : « Est-ce que tu crois en Dieu ? », je répondrais sans doute ceci : « Non. Je ne crois pas en un mot, ni en une définition. Mais je ressens, au plus profond de moi, quelque chose d'immensément vivant. Et je crois que certaines vérités ne sont pas faites pour être expliquées. Elles sont simplement faites pour être vécues. »




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