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La honte

therapeutedelphine
24 mars
2 min de lecture

Je me suis aperçue, un jour, avec une clarté presque vertigineuse, qu’un même fil avait traversé toute ma vie.

Un fil discret, presque invisible, mais profondément enraciné "la culpabilité, accompagnée de sa fidèle amie la honte.


Elles ne sont pas arrivées d’un coup.

Elles se sont déposées en moi lentement, couche après couche, comme une évidence que je n’aurais jamais remise en question.

Comme si elles avaient toujours été là.

Comme si elles faisaient partie de moi.


La honte d’abord. Silencieuse, diffuse, omniprésente.

Honte de moi, d'être celle de trop ou pas assez, jamais à sa place.

Honte de l’âge qui s’inscrit, qui transforme, qui raconte une histoire qu’on préférerait taire.

Honte d’être trop intense, trop sensible, trop entière, trop profonde


Et dans le même mouvement, honte de ne pas être assez, pas assez douce, pas assez belle, pas assez intelligence, pas assez conforme.


Et puis la culpabilité, plus sourde, plus insidieuse.

Toujours là pour accompagner chaque geste, chaque parole, chaque silence.

Culpabilité d’avoir parlé trop fort… ou de m’être tue.

Culpabilité d’avoir pris de la place… ou de m’être effacée.

Culpabilité d’avoir désiré trop fort… ou de ne plus savoir désirer.

Culpabilité d’être restée. Culpabilité d’être partie.


Honte d’être ménopausée, comme si mon corps devenait soudain inacceptable.

Culpabilité de ne plus correspondre à ce que l’on attend.

Honte de m’habiller.

Culpabilité de vouloir plaire.

Honte de me dénuder.

Culpabilité d’exister dans ce corps qui est le mien.

Honte de dire non.

Culpabilité de blesser.

Honte de dire oui.

Culpabilité de ne pas avoir su refuser.

Honte de dénoncer.

Culpabilité de déranger.

Honte de m’imposer.

Culpabilité d’en faire trop… ou jamais assez.


Et au fond, quelque chose de plus ancien encore, de plus enfoui, une honte sans visage, une culpabilité sans faute.

Comme si exister, simplement, portait déjà en soi une forme d’excuse à formuler.


Alors, sans m’en rendre compte, j’ai appris à me regarder avec sévérité.

À me corriger, à me contenir, à me juger.

Je suis devenue à la fois celle qui vit… et celle qui surveille.

À la fois la voix et le reproche.


La honte s’est accrochée à moi comme une seconde peau.

La culpabilité s’est glissée plus profondément encore, dans mes pensées, dans mes choix, dans mes renoncements.

Elles ont façonné mes silences autant que mes élans.

Elles ont souvent parlé plus fort que moi.


Et il faut du temps, parfois toute une vie, pour comprendre.

Comprendre que ce poids n’est pas une vérité.

Qu’il ne naît pas en nous.

Qu’il nous est transmis, appris, répété, jusqu’à devenir familier.


Puis un jour, quelque chose s’éclaire.

Un déplacement infime, mais irréversible.

On cesse de se confondre avec ce que l’on porte.

On regarde la honte.

On écoute la culpabilité.


Et pour la première fois, on les reconnaît comme étrangères.

Alors les mots changent. Le regard change.

Et doucement, le lien se défait.


Je ne suis pas cette honte.

Je ne suis pas cette culpabilité.

Elles ne m’appartiennent pas.

On me les a données.

Je les ai portées.


Mais aujourd’hui, je choisis de les déposer.



Et, enfin, d'être tout simplement moi. 

 
 
 

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