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Etre soi

therapeutedelphine
26 janv.
3 min de lecture

Depuis des générations, on nous a appris à combattre le vide. À combattre la solitude. À combattre, parfois même, ce que nous sommes profondément. Comme si le silence était un danger, comme si l’absence de bruit révélait quelque chose qu’il fallait absolument étouffer. Pourtant, on ne peut pas se rencontrer dans le tumulte, ni se découvrir dans la fuite permanente. Le brouhaha du monde nous éloigne de nous-mêmes. Il nous protège autant qu’il nous enferme.


Grandir demande autre chose. Cela exige une plongée intérieure, lente et sincère. Il faut accepter de s’approcher de ce seuil fragile où la lumière vacille, où l’ombre commence à s’étendre, non pour nous dévorer, mais pour nous envelopper. C’est là que commence le véritable apprentissage : oser traverser la forêt intérieure, peuplée de peurs anciennes, de monstres hérités de l’enfance, de récits que nous n’avons jamais vraiment remis en question. Traverser, malgré le tremblement. Traverser, malgré l’envie de faire demi-tour.


Étrangement, c’est dans l’eau que j’ai rencontré cela pour la première fois. Il y a de nombreuses années, lors d’une plongée en apnée. À l’instant précis où il aurait fallu remonter, où le corps réclame l’air, j’ai suspendu le mouvement. Inconsciemment. J’ai choisi de rester encore un peu. D’observer cette immensité sans contours m’envelopper, de ressentir la pression sur mon corps, d’écouter ce silence dense, presque vivant. Et là, dans cet espace où la respiration n’existait plus, je me suis sentie, pour la première fois de ma vie, exactement à ma place.


J’étais jeune. Je n’avais aucune envie d’analyser ce moment sur le divan d’un psychanalyste. Je n’ai pas cherché à comprendre. Il fallait remonter. La vie continuait.


Il m’a fallu des années pour revenir à cet instant minuscule, suspendu hors du temps, et en saisir le sens. Comprendre que tout se joue souvent là : entre deux élans, entre deux respirations de l’existence. Dans cet intervalle fragile où le calme s’installe, où le silence s’impose, où le vide apparaît, angoissant, déroutant, mais profondément nécessaire. C’est dans cet espace que quelque chose se réorganise en nous. Que la compréhension se déploie. Que l’évolution devient possible.


Aujourd’hui encore, ce vide me heurte parfois. Il m’est parfois insupportable. Mais j’apprends à l’accueillir. Du mieux que je peux. Parce que je sais désormais que c’est là que les racines prennent place. Profondément. Pour que je ne vacille pas à la première tempête. Pour que je tienne, même quand tout semble s’effondrer. Ce vide m’a offert quelque chose de fondamental : la foi. Une confiance silencieuse en ce que la vie me réserve, même quand je ne la comprends pas encore.


Il m’a appris à me connaître non pas à la surface de ma peau, mais dans mes entrailles. Et rencontrer ses entrailles demande une honnêteté radicale. Cela exige le courage de regarder ce qui dérange, ce qui fait peur, ce que l’on a longtemps rejeté. Sans oublier que c’est précisément de cet endroit-là que jaillit notre propre lumière. Pas celle qui éblouit, mais celle qui éclaire juste.


Le plus grand défi n’est pas de comprendre, mais de ne pas fuir. D’avoir la force de rester. De prendre ces parts de soi dans ses bras, de leur demander pardon pour les années de rejet, de silence, d’abandon. Et de les aimer telles qu’elles sont, sans condition.


L’analyse de soi n’est pas une expérience destinée à nous transformer, mais à nous réconcilier avec nous-mêmes. Il ne s’agit pas de devenir autre, mais de s’accepter pleinement. Et c’est à partir de cet ancrage que les portes qui nous sont destinées s’ouvrent naturellement sur notre chemin.


Avoir le courage d’être soi, et d’accueillir ce qui est, c’est accepter le vide en nous, ou dans les moments de notre vie. Non comme un manque, mais comme un espace fertile. Un lieu de gestation. Un silence nécessaire d’où naît, lentement, la vérité de qui nous sommes.



 
 
 

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