L'écriture
Depuis toujours, l’écriture m’appelle. Je la ressens comme un souffle, une présence, un lien entre le visible et l’invisible. Elle est l’un des langages les plus puissants qui soient, parce qu’elle offre un don rare : le temps. Le temps de se déposer. Le temps d’écouter ce qui murmure en nous. Le temps de laisser émerger le mot juste, celui qui ne parle pas seulement à l’esprit, mais qui descend jusqu’à l’âme. Un mot écrit dans la vérité peut traverser les années, franchir les silences et venir toucher le cœur de celui qui le reçoit, comme une réponse qu’il attendait sans le savoir.
On dit que pour comprendre l’adulte que nous devenons, il faut retourner à l’enfant que nous avons été. Lorsque je fais ce retour intérieur, guidée par la mémoire du cœur, deux lumières s’allument en moi. La première est celle de mon imaginaire, de mes rêves. Petite, je me créais un monde secret, un sanctuaire peuplé de jouets, de récits invisibles et de possibles infinis. Dans cet espace sacré, mes émotions avaient le droit d’exister pleinement. Elles étaient libres, pures, non jugées. Elles étaient déjà une forme de prière.
L’émotionnel a toujours occupé une place centrale dans ma vie. Une place parfois trop grande pour le monde, qui préfère souvent ce qui est lisse, maîtrisé, contenu. Mes émotions dérangeaient. Elles inquiétaient. Elles débordaient. Alors j’ai tenté de les faire taire, de les réduire, de les transformer. J’ai cru qu’il fallait les dompter pour être aimée. J’ai parfois été dure avec elles. Non parce qu’elles me faisaient peur, mais parce que leur intensité troublait ceux qui m’entouraient. J’ai oublié, un temps, qu’elles étaient un langage sacré.
Et puis un jour, il y a eu ce déplacement intérieur. Une ouverture. Une grâce. J’ai compris que ce sont précisément ces mouvements émotionnels qui permettent à l’âme de vibrer, de s’élever, de créer, d’aimer, de servir. J’ai compris que Dieu agit à travers elles. Que les émotions sont des messagères, des ponts entre le ciel et la terre. Leur faire confiance, c’est écouter la voix divine qui chuchote en nous. C’est oser croire que nos rêves ne sont pas des illusions, mais des appels. Avoir la foi, c’est aussi accepter de plonger dans cet océan émotionnel et s’y abandonner, certain que l’on sera porté.
Ce sont elles, ces émotions, qui m’ont guidée vers chaque rêve déjà accompli. Et l’écriture, depuis l’enfance, a toujours été leur demeure. Leur souffle. Leur passage vers le monde. Elle est devenue cet autel intérieur où je peux déposer ce qui me traverse, sans masque, sans défense, sans avoir à me diminuer. Dans l’écriture, je peux être entière. Présente. Vivante. Accueillie.
Je me souviens de l’enfant que j’étais, déposant ici et là des morceaux de papier chargés de mots d’amour pour ma mère. Plus tard, ces mêmes fragments ont accueilli la colère, la peine, l’incompréhension. Comme si l’écriture avait toujours su ce que je n’étais pas encore prête à dire. Comme si elle me préparait doucement à écouter ma propre vérité.
Oui, j’aime écrire. Parce que c’est dans cet instant que je me rapproche le plus de moi-même…et de Dieu. Là où tout devient possible. Là où le doute se dissout. Là où je fais confiance à ce qui me traverse, même à ce qui me blesse. J’aime écrire parce que c’est ainsi que je rencontre l’autre, non pas à la surface, mais dans son espace le plus intime : son émotionnel, son âme. Et dans cet espace, il n’y a plus de mensonge possible. Les peurs, les joies, les larmes, les élans, tout est juste, tout est vrai.
L’écriture me rassure. Elle est cette barque humble et fidèle qui me permet de traverser mes océans intérieurs, même lorsqu’ils sont agités par la tempête. J’écris pour moi, pour les autres, comme on allume une lumière dans l’obscurité. J’écris pour poser des mots là où il n’y avait que des maux. Parce que l’écriture demeure. Parce qu’elle guérit. Parce qu’elle ouvre des portes, même dans les cœurs les plus fermés. Et parce qu’à travers elle, parfois, Dieu parle doucement.



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